Chaire « Sciences, Technosciences et Foi à l’heure de l’écologie intégrale »

Présentation

Résumé de l’état des lieux des recherches sciences et foi

Des recherches actives sur le « dialogue science et foi » ont eu lieu dans la deuxième partie du xxe siècle, appuyées par l’encyclique Foi et raison du pape Jean-Paul II publiée en 1998. Les théologiens ont montré des articulations possibles entre la théorie du Big Bang et le sens biblique de la Création, entre Évolution et Création avec la question du hasard et de la nécessité notamment. Ils ont travaillé à éviter tout concordisme (chercher des preuves directes de l’existence de Dieu dans les sciences dures) mais aussi tout discordisme (être savant dans son laboratoire, croyant dans son église, sans liens entre les deux) en articulant « sciences dures » et foi chrétienne dans le respect de chaque domaine. Jean Ladrière, Robert Russell, Ian Barbour, John Brook, John Haught, Jürgen Moltmann, Adolphe Gesché, Jean-Michel Maldamé, François Euvé, et Jacques Arnould sont parmi les auteurs les plus reconnus de cette période. En France, le réseau Blaise Pascal et ceux des Scientifiques Chrétiens et des Amis de Teilhard de Chardin ont largement contribué à ces recherches ainsi qu’à des articles grand public sur ces sujets.

La situation depuis les années 2000

Depuis les années 2000, les technosciences dites émergentes (Nanotechnologies, Biotechnologies, sciences de l’Information, neurotechnologies-sciences Cognitives, à la base de la convergence NBIC) ont pris une importance considérable dans la vie de notre société, modelant les pratiques (notamment via le numérique) et façonnant de nouvelles mentalités techno-économiques. Le vivant devient une ressource que l’on pense pouvoir « designer » comme une machine. Ces technosciences permettent ainsi de modifier les génomes des vivants, y compris de l’humain. Autant ces effets sont étudiés actuellement au niveau éthique, autant l’influence des mentalités technoscientifiques sur les relations « science et foi » reste à étudier. La question de l’homme-machine se repose aujourd’hui à nouveaux frais ainsi que celle de « l’Homme augmenté » par les neurotechnologies, les nanobiotechnologies et l’Intelligence artificielle. De plus, les progrès considérables des neurosciences questionnent aussi l’anthropologie chrétienne traditionnelle via notamment l’inconscient cognitif, induisant une nouvelle thématique dans le cadre de l’articulation entre science et foi. Enfin, certains pensent même que la convergence des sciences et des technosciences constitue une nouvelle révolution épistémologique qui n’est pas sans conséquences sur le dialogue entre science et foi, dans un monde où d’autres formes de rationalités que celle des sciences classiques sont mises en évidence.

Un nouveau paradigme pour penser la relation

Par ailleurs, notre société mondialisée est aujourd’hui devant l’urgence écologique que l’actuelle pandémie du COVID-19 souligne avec force. Le « tout est lié » du pape François dans l’encyclique Laudato Si’ résonne avec pertinence devant les défis de la nécessaire transition écologique. La théologie de la Création, reprise en regard des défis écologiques, et les liens entre « la clameur de la terre et la clameur des pauvres » (pape François) resituent les responsabilités des acteurs mondiaux, y compris celles des scientifiques aujourd’hui. De plus, on perçoit clairement que la nécessaire « conversion écologique » appelle un souffle spirituel fort et un engagement éducatif important. Travailler le domaine « science et foi » à l’heure des technosciences et de l’écologie intégrale apparaît comme une nouvelle ouverture pleine de pertinence.

Article de presse sur l'inauguration de la Chaire

Inauguration le 20 octobre 2021

Membres

Objectifs et Thématiques de recherche

Productions prévues :

– Thierry Magnin et Paulo Rodrigues (co-titulaires de la chaire)
– Philippe Gagnon (Chargé de recherche et responsable scientifique du Fonds Vaillant-Whitehead)
– Emmanuel Pic (Enseignant-Chercheur en économie, Fac Eco Gestion et Sciences, UCLille)
– Pierre Giorgini (Président-recteur honoraire de l’UCLille)

Membres associés :
– François Barriquand ( Aumônerie ICP (Paris) )
– Éric Charmetant ( Faculté de philosophie, Centrès Sèvres )
– Fabien Revol ( Coordinateur du Centre Interdisciplinaire d’Éthique, Université Catholique de Lyon )
– Jean-Marc Moschetta ( Institut Supérieur de l’Aéronautique et de l’Espace, Toulouse)
– Dominique Lambert ( Professeur, Sciences, philosophies et sociétés, Université de Namur )
– François Euvé ( Directeur de la revue Études )
– Pierre Bourdon ( Theologicum ICP (Paris) )
– Philippe Deterre ( Directeur de recherche émérite, CNRS (INSERM) )
– Bernard Michollet ( Aumônier national de l’Action catholique des milieux indépendants )
– Vincent-Grégoire Delory ( Doyen de la Faculté libre des lettres et des sciences humaines, Université Catholique de Toulouse )
– Roland Cazalis ( Sciences, philosophies et sociétés, Université de Namur )
– Jacques Printz ( Professeur émérite du CNAM, membre du laboratoire ETHICS, Université Catholique de Lille )

Objectifs :
– Favoriser un dialogue entre les champs scientifique, philosophique et théologique, à partir de groupes de recherche interdisciplinaires (membres de la chaire, et membres associés français et internationaux), en lien avec l’apport de l’anthropologie biblique et théologique.
– Conduire une réflexion sur les relations entre les technosciences numérisées (les NBIC pilotées par l’lA et le traitement Big Data) et la foi chrétienne à l’heure de l’écologie intégrale : recherche, publications scientifiques et séminaires/colloques.
– Mesurer les impacts et transformations des mentalités induites par les technosciences et les con-fronter aux éléments de l’anthropologie biblique.
– Exploiter le fonds Vaillant/Whitehead : héritage de la philosophie du process pour penser tech-nosciences et foi à l’heure de l’écologie intégrale.
– Communiquer à un large public via un site internet dédié.
– Produire des formations adaptées pour des acteurs de terrain sur les questions science et foi au-jourd’hui.
– Réfléchir à un projet d’éducation et de développement humain intégral en lien avec l’anthropologie biblique.

Thématiques de recherche :
– Approfondir l’épistémologie des technosciences numérisées dans leur rapport à la vérité scienti-fique et au réel. Prendre en compte le paradigme techno-économique, et les conséquences an-thropologiques. Mettre en regard les mentalités technoscientifiques et les apports des neuros-ciences et de la biologie.
– Articuler les apports de l’anthropologie biblique et ceux des sciences du vivant aujourd’hui.
o Conséquences pour la théologie de la création.
– Mettre en valeur l’apport de la pensée d’Alfred North Whitehead (1861-1947) au dialogue tech-nosciences et foi sur fond d’écologie intégrale, en exploitant le Fonds Vaillant/Whitehead, acquis par l’Institut Catholique de Lille.
o Prendre en compte les débats sur la place de la théologie naturelle dans le monde anglo-saxon, et le rôle respectif des œuvres de Whitehead et de Teilhard de Chardin.
– Revisiter le langage de l’annonce de l’évangile, sur fond des sciences du vivant et des technos-ciences numérisées.

– Organiser un séminaire/colloque annuel de deux jours avec publication, réunissant les membres et les associés de la chaire, ainsi que des invités nationaux et internationaux sur une thématique choisie. Tenir un colloque international au bout des trois ans.
– Constituer des groupes de travail sur des thématiques choisies à l’intérieur du projet de la chaire, et en rendre compte dans les séminaires annuels.
– Superviser deux thèses dans les domaines de travail de la chaire, et embaucher un post-doctorant.
– Participer à des colloques internationaux (réseaux ESSSAT et ISSR notamment).
– Mettre au point une plateforme numérique de communication et de dialogue des résultats de la chaire, et publier de manière régulière dans des revues à comité de lecture.
– Proposer des sessions sur mesure en formation continue.

1ère production de la chaire
– Pierre Giorgini et Thierry Magnin, Vers une civilisation de l’algorithme ? Un regard chrétien sur un défi éthique (Paris, Bayard, 2021).

Publications

Monographies

Philippe Gagnon, La réalité du champ axiologique. Cybernétique et pensée de l’information chez Raymond Ruyer, Louvain-la-Neuve, Éd. Chromatika, coll. « Phylopraxis », 2018.

––          La théologie de la nature et la science à l’ère de l’information, Paris, Cerf, coll. « Cogitatio fidei » no 223, 2002.

Thierry Magnin, Penser l’humain au temps de l’homme augmenté : Face aux défis du transhumanisme, Paris, Albin Michel, 2017.

––          Le scientifique et le théologien en quête d’Origine : L’expérience de l’incomplétude, Paris, Desclée de Brouwer, 2015.

––          Les nouvelles biotechnologies en questions, Paris, Salvator, coll. « Carte blanche », 2013.

Pierre Giorgini, Thierry Magnin, Vers une civilisation de l’algorithme ? Regard chrétien sur un défi éthique, Paris, Bayard (à paraître 2021).

Paulo Rodrigues, C’est ta face que je cherche : La rationalité de la théologie selon Jean Ladrière, Leuven, Peeters, 2017.

Paulo Rodrigues, Joseph Famérée (dir.), The Genesis of Concepts and the Confrontation of Rationalities: Theology, Philosophy, Science, Leuven, Peeters, 2018.

 

 

FONDS VAILLANT

L’acquisition du Fonds d’archives Vaillant, consacré à la philosophie du procès et à la pensée d’Alfred North Whitehead, souhaitée d’abord par le président-recteur délégué Luc Dubrulle, a pu être effectuée en 2017. Il est en cours de classement définitif. Il s’agira d’un fonds d’archives, avec des ouvrages non-empruntables, mais accessibles sur place. Il regroupe des ouvrages de plusieurs langues, mais majoritairement en français et en anglais, se penchant analytiquement sur nombre d’aspects de la philosophie du procès. On y trouve des traductions publiées, mais aussi inédites, faites de l’anglais vers le français par Henri Vaillant, mais aussi des dossiers de travail. Ce fonds représente la plus grande réserve de documents rassemblés en France sur l’histoire de la philosophie anglo-américaine dans la mouvance de la philosophie du procès. Il pourra servir à étayer la réflexion de doctorants et post-doctorants, de même qu’à soutenir la recherche en cours de chercheurs déjà accomplis qui pourront, sous des modalités à déterminer, y accéder et, s’ils le souhaitent, séjourner sur les lieux pour y travailler quelque temps.

Traductions ou chapitres de Henri Vaillant déjà publiés et, pour la plupart, disponibles :

Jean-Marie Breuvart, Les rythmes éducatifs dans la philosophie de Whitehead, Berlin/Boston, De Gruyter/Ontos Verlag, coll. « Chromatiques whiteheadiennes » no 4, 2013 (Chapitre 3 : « La réception de Whitehead en France » par Henri Vaillant ; Chapitre 11 : « Bibliographie Française – Classement chronologique » par Henri Vaillant).

John B. Cobb, Jr., Lexique whiteheadien. Les catégories de Procès et réalité, trad. Henri Vaillant relue par Émeline Deroo, Louvain-la-Neuve, Éditions Chromatika, coll. « Phylopraxis », 2010.

Alfred N. Whitehead, Modes de pensée, trad. Henri Vaillant, Introduction de Guillaume Durand, Paris, Vrin, coll. « Analyse et philosophie », 2004. (en réimpression)

––         La science et le monde moderne, trad. Henri Vaillant, Francfort, Ontos Verlag, coll. « Chromatiques whiteheadiennes » no 4, 2006.

––         Les principes de la connaissance naturelle, trad. Henri Vaillant relue par S. Schwer, Louvain-la-Neuve, Éditions Chromatika, coll. « Ontopraxis », 2007.

––         L’immortalité, suivi de Les mathématiques et le bien, trad. Henri Vaillant, préface de Guillaume Durand, Nantes, Éditions Cécile Defaut, 2008.

––         La religion en gestation, trad. Henri Vaillant relue par Vincent Berne, préface de Bertrand Saint-Sernin, Louvain-la-Neuve, Éditions Chromatika, coll. « Ontopraxis », 2009.

––         Le Principe de relativité et ses applications en physique, trad. Henri Vaillant relue par Sylviane Schwer, Louvain-la-Neuve, Éditions Chromatika, coll. « Ontopraxis », 2012.

Certaines traductions ont également été publiées par Jean-Marie Breuvart, avec collaborateurs :

Alfred N. Whitehead, Aventures d’idées, trad. Jean-Marie Breuvart et Alix Parmentier, Paris, Cerf, 1993.

––         Les visées de l’éducation et autres essais, trad. Jean-Pascal Alcantara, Vincent Berne et Jean-Marie Breuvart, Louvain-la-Neuve, Éditions Chromatika, coll. « Ontopraxis », 2011.

 

Biographie Henri Vaillant

Henri Vaillant est né le 3 mai 1931 à Haubourdin, région Hauts-de-France, département du Nord (entre La Bassée et Lille). Son père, M. Émile Vaillant, ouvrier dans la société du produit du maïs, décède d’une pleurésie en 1944 lorsqu’il a 13 ans et sa mère, Marie Madeleine Grave, décède aussi une demi-heure après d’un emphysème. L’éducation d’Henri Vaillant sera confiée à un oncle maternel.

Il fait ses études secondaires au lycée de Haubourdin. Il a été membre de l’équipe nationale (JEC), ce qui a profondément marqué son itinéraire existentiel. Passionné de chimie, il entreprend des études d’ingénieur chimiste à l’École Nationale Supérieure de Chimie de Lille (ENSCL). Il fait une année de spécialisation à l’Institut des corps gras (ITERG), à Paris. Le 20 avril 1956, il épouse Yolande Vaillant, née le 14 septembre 1933 à Paris. La famille s’élargit progressivement avec la naissance de 5 enfants : Jean-François (1958-), Philippe (1959-), Stéphane (1960-), Pierre (1963-) et Christophe (1965-).

Après une première expérience de 2 années à Wasquehal, il travaille de 1961 à 1968 dans l’usine de Lacq, près de Mourenx. Le 14 juillet 1968, un violent accident de voiture le rendra paraplégique. Il doit passer une année à l’hôpital de Garches pour rééducation fonctionnelle. Il fait construire une maison à Seyssuel (Nord de Vienne) au sommet de la colline, où il s’installe avec sa famille. Cependant, il continue à travailler en génie chimique, mais désormais dans le complexe chimique de Saint-Gobain, Faizin, au Sud de Lyon.

En 1980, il décide d’arrêter le travail et prend sa retraite pour se consacrer à l’étude de la science, de la philosophie et de la théologie. Se considérant comme « un chrétien en recherche », M. Vaillant constitue une colossale bibliothèque pour soutenir cette démarche existentielle et spirituelle. Il est décédé soudainement à 85 ans, le 1er janvier 2017 à l’hôpital et repose au cimetière de Seyssuel.